C'était il y a quelques mois: on part chercher du pain et des croissants
en famille, on remonte le boulevard Richard Lenoir pour qu'une petite
fille fasse gicler les flaques d'eau sale à grands coups de bottes
rouges, on bifurque par la rue Jean-Pierre Timbaut, et on tombe sur une
nouvelle devanture mystérieuse: noire, lisse, unie, parfaite. Japonaise
certainement. Le panneau marque "Bon Kushikatsu" et sent bon le très
haut niveau, loin au dessus de la gargotte à sushis plantée partout par
d'industrieux Chinois.
Depuis hier soir, nous confirmons: Bon Kushikatsu plane bien dans un
monde à part, séparé même du reste de la galaxie japonaise, car
spécialisé dans une technique: la friture de petite bouchées panées
enfilées sur des piques en bois. C'est certes moins vendeur que le
diététique sushi, et pourtant... Par ce même miracle qui fait qu'un
beignet luisant de graisse se transmute en tempura d'une délicatesse
aérienne, la cuisine nippone transforme la bonne vieille friture en
exercice tout en maintien.
Dans une salle allongée contemporaine, murs en bois brut et en béton,
tables claires, un immense bar s'étire. Postés sur des chaises hautes
confortables, quelques clients, la plupart japonais, profitent des
fritures du chef. On s'installe à une table au fond, manquant le
spectacle de la cuisine, mais déjà une certitude: les postillons d'huile
brûlante, l'odeur rance tenace de graisse brûlée passeront leur tour.
Place à la clarté immaculée, au calme enveloppant.
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Un joli comptoir (photo du compte Facebook de Bon) |
Le menu unique, pas de carte ici, est une succession de 15 bouchées
délicatement panées et frites, à tremper dans différentes sauces, selon
les indications de la serveuse: citron et sel pour des raviolis de
seiches ou une gambas, soja pour un délicieux champignon shitake, replet
et fondant, moutarde pour du filet de boeuf, soja pour un beignet de
taro, ou d'oignon. On accompagne d'une petite salade, on fait une pause
avec un petit bol de nouilles au thé vert froides, puis on achève par du
riz sauté et une soupe miso, avant de déguter le dessert, une glace à
la vanille panée et frite…
Tout est délicat et fin, les portions pas considérables mais un bon
appétit se rattrapera en commandant plus de brochettes ou en réclamant
un rab de riz sauté. Un regret: le mode de cuisson ne semble pas mettre
en valeur certaines textures, ainsi du turbot dont la chair, émiettée et
un peu fade, se rapprochait d'un vulgaire nugget de poisson pané. Mais
dans l'ensemble, nous avons passé un joli moment chez Bon, apaisés,
transition idéale pour oublier une semaine de travail et commencer le
week-end.
Addition: menu à 58€, vins à partir de 30€
Bon Kushikatsu
24, rue Jean Pierre Timbaud
Paris 11ème
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